Mission de routine à Gedinasho

Par Mandaloriann

Résumé

Un équipage restreint, un vaisseau banal, une mission de routine... pour quelques UEC de plus.

Système : Charon
Localisation : Ceinture Gedinasho
Vaisseau : Constellation Andromeda
Heure de bord : 17:00
Mission : #209731# Récupération standard

 

Loriann passa la main dans sa courte barbe et tortilla machinalement les poils blancs de son menton.  Quarantenaire bien tassé, pas tout à fait cinquantenaire, le capitaine Manda aimait laisser planer le doute sur son âge, ainsi que sur son grade car le vaisseau lui avait été prêté par sa corporation pour les besoins de sa mission. Ce goût du mystère n’était pas de la coquetterie mais bien le souci de s’octroyer un avantage tactique sur ses interlocuteurs. Et il en avait rencontrés, de tous les coins des systèmes qu’il avait traversés, et pas que des amicaux. Il avait bourlingué comme on dit dans le jargon mais sans jamais suffisamment réussir pour se mettre à l’abri. Mais l’aurait-il simplement voulu. Il avait toujours levé les yeux au ciel et depuis qu’il possédait une licence de pilotage, il avait passé plus de temps dans le vide interstellaire que sur la terre ferme d’une planète.

Il y a bien un sens à tout ça, un grand architecte …

L’immensité du vide l’entraînait toujours vers des considérations métaphysiques. Il connaissait ce travers et s’en amusa. Il déplaça légèrement son pied droit et laissa apparaître l’étoile. Il plissa les yeux.

– Opacité gain 30 %, lança-t-il.

Les vitres se voilèrent légèrement.

– Opacité gain 30 % confirmée, répondit la voix métallique de l’IA¹ de RSI².

– Merci Roberts ! s’esclaffa Loriann, et tapotant l’accoudoir en faisant la moue : Putain de bonne machine ce vaisseau … ça me change de mon Aurora !

Devant le cockpit du Constellation Andromeda, d’imposantes masses minérales semblaient figées dans le vide de l’espace. Au loin, le soleil Charon diffusait sa lumière dorée sur la ceinture d’astéroïdes Gedinasho transformant chaque aspérité géologique en une exploration possible, une découverte à venir.

– Alors ? Ça donne quoi ?

C’était la voix de Sayane: une belle femme même s’il devenait incorrect de lui demander son âge.

– Pas grand-chose, répondit Loriann laconique.

– Tu ne regardes même pas tes écrans … tiens prend un peu de café, et elle joignit le geste à la parole en lui tendant une tasse. Les volutes de vapeurs caféinées qui dansaient sur le disque noire de la surface du breuvage, inondèrent de leur arôme, le cockpit.

Il porta la tasse brûlante à ses lèvres et supa.

– Il y a rien sur mes écrans … continua-t-il.

– Si, tes pieds …, s’amusa-t-elle. Quand tu vas rendre le vaisseau, ils vont retenir tes gages, dit-elle en quittant la salle de pilotage.

L’idée de payer sa décontraction le chiffonna et il se redressa lentement, souleva les jambes et veilla  à ne pas accrocher les consoles.

Il reprit une position plus confortable …et se renversa du café sur la main.

– Et merde !

La voix de Sayane crachota dans le haut parleur de la cabine : – Je t’ai entendu !

Un beep frénétique retentit au même moment depuis le scanner. Loriann consulta les données et constata qu’il y avait aussi du café.

– Et remerde ! chuchota-t-il cette fois-ci pour échapper aux admonestations de Sayane.

La promiscuité des voyages spatiaux avait des avantages, on pouvait faire des trucs super sympas sur le siège renversé de pilotage en contemplant un soleil mais le reste du temps, il fallait se supporter.

Il essuya la console du revers de sa manche et consulta les données. Son visage s’éclaira.

– Bingo !

La signature correspondait. Il pouvait se détendre. L’attente avait été longue.

Il se leva, contourna le puits des tourelles et quitta la salle de pilotage. Il entra dans l’espace de vie et passa devant les lits superposés. Sayane consultait des articles féminins sur une tablette.

– Je vais sortir, lui dit Loriann. Le drone est de retour. Voyons si la pêche a été bonne.

– Sois prudent, dit-elle distraite sans quitter des yeux la tablette, visiblement captivée par les dernières tendances culinaires et de la mode sur Helios.

– Si ça ne t’embête pas de continuer en salle des commandes, continua-t-il, histoire d’être prêt à déguerpir…

Elle se leva, hypnotisée par un article sur des smoothies revitalisant et disparue derrière les deux portes automatiques de la salle de pilotage.

Loriann atteignit la partie hangar, s’équipa d’une combinaison avec système Eva³ et dépressurisa. La plate-forme s’actionna et descendit lentement, s’ouvrant sur le vide, entourée des astéroïdes de la ceinture Gedinasho.

Loriann actionna son système de propulsion et décolla de la plate forme. Les petits jets d’air l’éloignèrent de l’attraction du Constellation Andromeda et de ses soixante et un mètres et ses quatre-vingts tonnes.

Il tapota sur son avant bras gauche et l’interface mobiglass se déploya. Il actionna les icones de l’hologramme et ordonna au drone de se signaler. La balise du robot de déclencha simultanément et une petite lumière rouge clignota dans l’obscurité de l’ombre d’un gros astéroïde.

– La voie est libre ? demanda-t-il.

Sayane répondit depuis le vaisseau. De la baie de pilotage, elle le voyait s’éloigner. Il était désormais à peine visible. Elle contrôla les scanners.

– J’ai rien sur les scopes, c’est clair à mon niveau.

– Putain, j’y vois rien dans cette combinaison, pesta Loriann. – J’ai plein de buée.

– Règle ta ventil ambiante, dit-elle calmement, et arrête de stresser.

– Je stresse pas.

Il stressait. Ces vols en Eva donnaient encore plus une sensation de vulnérabilité. Dans l’espace, tout était immense, même la trouille. Les battements de son cœur résonnaient dans ses tempes. Il finit par atteindre le drone qui tenait dans ses crochets une grosse boite métallique.

Alors c’est ça, pensa Loriann.

– Je l’ai, lança-t-il dans son communicateur.

– C’est quoi ? interrogea Sayane depuis le vaisseau avec une impatience non dissimulée.

– Je sais pas trop, mais c’est ça, répondit-il pour la faire mariner.

Il contourna le drone et s’appuya avant de déclencher la propulsion. Une petite impulsion avait suffi pour mettre en mouvement les deux objets qui dépassaient largement sa masse. Le problème n’était pas de se déplacer mais plutôt de s’arrêter. Il pouvait très bien être emmené par la vélocité du drone. A vrai dire, plus il se rapprochait de l’Andromeda, moins il sentait son appontage.

– Sayane ? Envoie un câble depuis le hangar, je vais pas pouvoir arrêter le drone.

– Quoi ?

– Dépêche-toi s’il te plaît.

Loriann ouvrit rapidement une trappe dans le dos du drone, il actionna la poignée rouge sur laquelle était marqué « ne pas utiliser ». Les mâchoires du drone se dessérèrent et Loriann désolidarisa le bloc métallique au moment où ils passèrent entre la plate-forme du hangar et le vaisseau. Au passage, il saisit le câble qui était lâche et accrocha la bloc métallique avec le crochet. Il se plaça en opposition et déclencha sa propulsion pour contrer la vitesse. La manœuvre opéra et Sayane pu les remorquer à bord. Le drone se perdit dans les astéroïdes Gedinasho.

Une fois la pression revenue dans le hangar, Loriann, à quatre pattes, se redressa à genoux et  arracha son casque. Il prit une grande respiration. Les portes s’ouvrirent et Sayane s’approcha de la rambarde. Elle le regarda attendrie. Il était comme un petit animal en cage au fond de son hangar.

– Ça va ? Demanda-t-elle.

– Je crois.

– Qu’est ce qu’on a ramené ? poursuivit-elle.

– On ?

– Oui, on, s’agaça-t-elle.

– C’est un bloc de données, ça appartient à un Drake Herald. Ou ça appartenait. Je ne sais pas trop. La seule chose que je sais, c’est que dans le système Charon, c’est un sacré bordel avec leurs petites guerres civiles perpétuelles. Ces données doivent valoir de l’or.

– On est riche alors ?

– La Corpo ? Oui ! Nous ? On aura les miettes . Je prends une douche et on rentre sur Helios.

Loriann regagna le cockpit quelques temps plus tard, rafraîchi et détendu. Sayane était au poste de copilote. Il prit place et positionna le Constellation Andromeda vers le point de saut d’Helios. Il se retourna vers Sayane. Elle jouait avec la languette de la fermeture éclaire de sa combinaison. Elle la descendit lentement.

Loriann la regarda.

– Pendant le Quantum ?

– Pendant le Quantum, confirma-t-elle.

Il déclencha le saut et les étoiles devinrent des traits luminescents dans la noirceur stellaire.

 


¹ Intelligence Artificielle, ² Roberts Space Industries, ³ Extra-Vehicular Activity

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