Affaire #AI2946.5 : Le Marchand de Rêves

Par Mag_n

Résumé

Un agent de l'Advocacy enquête sur une arnaque.

Système Terra, Planète Terra, Prime, quelque part dans un quartier de bureau de seconde zone.

La plupart des bâtiments dataient de la création du quartier, 40 ou 50 ans auparavant. Ils avaient subi les outrages du temps et des éléments, et personne ne s’était inquiété de leur état. Seules des entreprises aux revenus modestes trouvaient opportun de s’y installer, ou d’y rester. Il ressortait de tout le quartier un certain immobilisme, comme si le temps s’y était arrêté. Le plus souvent, les entreprises faisaient faillite, et un promoteur rachetait l’immeuble pour en faire des habitations. Un quartier comme celui-ci avait des avantages pour la plupart des gens : loyer réduit, taxes moins élevées pour les entreprises. Et des désavantages : éloignement du centre-ville hyper actif, engendrant une hausse de la criminalité due à la faible présence des forces de l’ordre. La banalité d’une périphérie d’un grand centre urbain au milieu du 30ème siècle.

Sur la façade d’un immeuble dont la peinture blanche d’origine s’apparentait désormais plus à du gris, une dizaine de panneaux lumineux affichaient le nom des sociétés présentes à chaque étage, rappelant la visée du quartier. Au 4ème étage, un panneau taché par la pollution affichait « Société d’investissement Urion ».

À l’intérieur des bureaux de la SIU, les LED du plafond éclairaient avec difficulté les zones de travail. Assis sur une chaise peu confortable, devant un bureau métallique probablement plus vieux que lui où s’amoncelaient des dizaines de dossiers papier, un homme attendait patiemment que sa tasse de boisson à base de caféine soit remplie. 35 ans au compteur, un teint pâle, arborant une barbe de plusieurs jours sur le visage et une coupe de cheveux presque à la mode si elle n’était pas négligée, Ignace Augustin ressemblait à tout ce qu’il y avait de plus commun parmi les habitants de cette planète. Il jeta un œil à la fenêtre et ne put qu’apercevoir les contours des immeubles, rendu flou par la forte averse de pluie. Reportant son attention vers le distributeur, il attendit que la machine daigne bien faire son unique travail. L’odeur qui s’échappait de l’automate n’avait pas grand-chose à voir avec l’arôme d’un vrai café, mais il avait besoin de sa dose matinale de caféine. Détournant son regard de la machine vétuste qui trônait dans l’un des coins de la pièce, tout comme l’était le reste de l’équipement présent dans cette salle, il regarda l’écran mural où la chaîne locale d’information en continu déblatérait les nouvelles de la nuit…toutes aussi peu intéressantes les unes que les autres…. Un bip strident se fit entendre et l’homme se tourna vers la machine à café, les sourcils froncés. Un voyant lumineux rouge clignotait, attestant qu’un problème technique empêchait l’écoulement de la boisson chaude…

Poussant un juron, Ignace Augustin se leva en direction de la machine pour relancer le processus pour la 5ième fois en une heure…. Il aurait dû s’arrêter à l’étage du dessous pour utiliser leur machine…

Un autre bip sonore, cette fois-ci provenant du bureau qu’il venait de quitter, le fit totalement changer d’attitude. Un sourire apparut sur ses lèvres, et Ignace ramassa le Mobiglass posé sur le bureau avant de se rasseoir sur sa chaise. Pianotant sur l’écran, il afficha la messagerie avant d’ouvrir le nouveau message provenant de la Société d’imports spécialisés Banu et de son conseiller commercial, Barry Sornow :

« Cher M. Dwigth,

Je suis heureux de vous annoncer que notre équipe a pu prendre les commandes de votre nouveau Merchantman dans le système Corel. Vous trouverez les magnifiques images qu’ils ont prises pour vous en pièce jointe !

Le vaisseau est actuellement en attente de la réalisation des dernières opérations de validation auprès des services de l’UEE pour l’enregistrement à votre nom ainsi que le paiement des taxes d’entrées dans l’espace de l’UEE. Comme convenu lors de notre premier échange, je reviens vers vous pour le paiement de l’acompte sur la commande ainsi que les frais d’enregistrement et de douanes. Vous trouverez en pièce jointe la facture accompagnée des dites photos de votre vaisseau !

Afin de vous montrer notre plus grand intérêt à satisfaire vos besoins, je vous invite à me communiquer au plus vite la date à laquelle nous pourrons nous rencontrer afin d’effectuer cette transaction.

Dans l’attente de votre réponse, je vous prie d’agréer mes plus profonds respects,

Votre dévoué conseiller commercial, Barry Sornow ».

Le son d’un petit rire s’échappa de sa bouche lorsqu’il afficha les photos et la facture, repensant aux clichés exactement identiques qui dormaient dans ses dossiers.

Reposant le Mobiglass sur le bureau, il activa celui qui se trouvait sur son poignet gauche avant de taper un rapide message demandant une vérification de l’existence d’un vaisseau de type Merchantman Banu en attente d’enregistrement et d’autorisation d’entrée dans l’espace UEE depuis le système Corel. Il savait que la réponse lui arriverait de son contact d’ici quelques heures, et il en connaissait déjà le contenu.

Il reprit le premier Mobiglass et s’attela à rédiger une réponse pour Barry Sornow :

« Cher Barry,

Vous n’imaginez pas ma joie de lire et voir cela ! Les photos sont vraiment fantastiques !  Je suis disponible dès ce soir pour vous rencontrer.

Cordialement,

Norris Dwight »

Le message envoyé, il posa le Mobiglass, et se dirigea vers le distributeur de boissons, avant de le secouer. Le voyant rouge cessa de clignoter, passant à l’orange puis au vert, et enfin, dans un nuage de vapeur, un liquide noirâtre s’écoula dans la tasse blanche ébréchée.

Prenant entre ses mains la tasse contenant la boisson tant attendue, il se remit à son bureau, y posant les pieds avant de s’intéresser à nouveau à l’écran mural, où désormais les actualités sportives s’affichaient.

Alors que les résumés sportifs se terminaient, Ignace Augustin dégagea le Glass qui était posé sous une pile de feuilles avant de l’allumer.

Il ouvrit l’un des documents qu’il contenait, et se mit à le lire. Ou du moins à le relire, même si il le connaissait par cœur. Cela faisait déjà plus de 2 ans que des citoyens se faisaient escroquer à travers une demi-douzaine de systèmes par une personne leur offrant la possibilité d’acheter un vaisseau neuf de type Merchantman Banu en direct depuis les systèmes Banu, sans passer par les grands concessionnaires autorisés. Les clients, aussi bien des corporations que de riches citoyens, se voyaient proposer l’achat d’un vaisseau Banu à un prix moindre. Pour d’évidentes raisons de réputation, la plupart n’avaient pas osé remonter l’information auprès des autorités lorsqu’ils se rendaient compte qu’ils ne reverraient ni leur argent ni leur prétendu vaisseau. À chaque fois, l’escroquerie tournait autour de plusieurs centaines de milliers de crédits, parfois quelques millions, et le total des sommes volées s’approchait dangereusement de la dizaine de millions. Six mois auparavant, l’affaire s’était retrouvée dans les mains de l’Advocacy quand le fils d’un sénateur s’était lui-même fait escroquer. L’honorable sénateur n’avait pas apprécié et avait fait le nécessaire pour que la machine judiciaire se mette en route. C’est alors que l’Agent Spécial Ignace Augustin avait hérité de l’affaire, montant une petite opération sous couverture au dernier endroit où l’escroc avait été suivi.

Une fois la lecture du document terminé, il commença à rédiger quelques notes. Cette affaire allait prendre fin ce soir, avec l’arrestation de l’escroc.

Dans un grincement des plus agaçants, la porte du bureau s’ouvrit, laissant passer un autre homme, au teint noir et au crâne rasé. Son imperméable sombre était trempé, signe que l’averse ne s’était pas calmée à l’extérieur.

– Monsieur Dwight, lui adressa-t-il dans un grand sourire.

– Drake, lui répondit-il simplement, en l’appelant lui aussi par son identité de couverture.

Un bip sonore retentit sur le bureau de Dwight alors que le nouvel entrant accrochait son ciré sur le portemanteau.

– De bonnes nouvelles ? demanda-t-il.

– C’est pour ce soir, répondit l’agent spécial Augustin après avoir vérifié le Mobiglass. Le rendez-vous est fixé à 18h, dans un des salons du très discret « Club des Affaires ». Il se laissa tomber en arrière contre le dossier mal rembourré de sa chaise, un sourire aux lèvres.

– Je t’y accompagne ? demanda Drake.

– Oui, on va commencer dès maintenant à préparer le plan d’intervention, dit-il en faisant passer le Glass en mode hologramme pour y afficher le plan d’un bâtiment en 3D.

Leurs regards se tournèrent vers l’écran mural lorsque sonna une petite musique qu’ils ne connaissaient que trop bien et que s’affichait un spot publicitaire de recrutement de l’Advocacy, où un Avenger poursuivait un Cutlass qui explosait quelques secondes plus tard lorsque les missiles atteignirent leur cible.

– Très bien, c’est donc ce soir que notre petite blague prend fin. « Quand on parle du Banu….

-… on ne le voit que rarement », fini l’Agent Spécial de l’Advocacy Ignace Augustin.

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